ANASTÈME - RÉVOLUTION

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Page vérifiée Creado el 8 de junio de 2017 Contacto

Chapitre 2 : Venus & Baltimore LUMEN

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  • Le couloir était tranquille quand la porte de l’ascenseur s’ouvrit. Venus tira Baltimore avec rage jusqu’à la porte de l’appartement qu’ils squattaient. Ce calme eut un effet apaisant sur elle alors que le court mais intense sentiment d’enfermement dans l’ascenseur l’avait empêchée d’aligner toute pensée cohérente. Que devait-elle faire ? Devant la porte fermée, l’agacement le disputait avec le désespoir. Penelope était-elle éveillée et surtout pouvait-elle tenir suffisamment debout pour venir lui ouvrir ? Venus gratta à la porte puis cogna trois coups secs. Pas de réponse. Elle devait retourner dans l’appartement par l’extérieur mais n’en avait pas la force.

    Elle s’assit à côté de Baltimore et tenta de le réveiller avec douceur puis, devant l’absence de réaction, beaucoup plus de vigueur. Elle frictionna ses mains, ouvrit sa combinaison pour qu’il respire mieux, frotta ses joues et finit par le secouer par les épaules. Elle avisa une fontaine à eau en bout de couloir, présence incongrue mais qui trouva ici une utilité inattendue. Elle mit ses mains en coupe sous le jet et vint arroser le visage de son frère qui tressauta au contact de l’eau. Un renvoi entre hoquet et toux donna un soudain espoir à Venus.

    -          Balty ! cria-t-elle, dans le mépris de toute discrétion.

    Mais la tête de son frère resta tristement inerte. Elle l’aspergea à nouveau sans que cela ne provoque de nouvelle réaction. Elle songea à utiliser une de ses armes sur la porte de l’appartement, pour la pulvériser ou la liquéfier, mais elle se retint au souvenir de l’alarme enclenchée sur le tableau numérique qu’elle avait vue dans l’entrée. Etait-il utile d’attirer encore plus l’attention ?

    Que ferait son frère ? Elle se tenait droite, les bras croisés, semblable à une enfant butée qui refuse d’obéir aux ordres insistants de ses parents. Baltimore aurait tourné le problème dans plusieurs sens. Au bout de quelques instants, la lumière du couloir s’atténua, les capteurs de mouvement ne les repéraient plus. Cette baisse d’intensité attira l’attention de Venus. Comme elle tourna la tête vers le plafond, la lumière revint. Fallait-il prendre le problème à l’envers ? Intensifier plutôt que minimiser ? La discrétion ou l’agitation ? L’ordre ou le chaos ? Le drone écrasé au pied de l’immeuble et leur chute sur une terrasse n’étaient-ils que les premières étapes d’une situation qu’elle pourrait tourner à son avantage ? Se dissimuler dans le tumulte, s’échapper dans la confusion, se mêler aux fourmis qui fuient une menace…

    L’alarme.

    Venus se décida. Elle attrapa les poignets de Baltimore, scruta ses gadgets et essaya de se remémorer ce qu’il lui avait expliqué. Elle se rappelait bien son excitation enfantine. Elle prit le poignet droit, tira sur le bras et visa vers le fond du couloir le plus distant. Deux billes de peinture s’écrasèrent sur le mur dans un bruit de fruits écrasés.

    -          Mince ! gronda Venus.

    Elle retrouva les deux crans de sûreté, défit le premier et fit feu à nouveau. Cette fois, c’est bien une bille explosive qui percuta l’angle du plafond et forma dans un craquement lugubre une petite fleur de feu et de fumée. Aussitôt l’alarme rugit et les disques automatiques anti-incendie arrosèrent l’espace, trempant Venus et son frère en quelques instants. La lumière vira au rouge.

    Venus ne s’en soucia pas et tourna cette fois le bras vers la porte de l’appartement. Elle ne réfléchit pas au souffle possible de l’explosion et aux dégâts. Elle était dans l’action à présent. Son doigt appuya sur la détente.

    Rien.

    Elle jura. Baltimore avait déjà utilisé une de ces petites bombes sur le drone, son chargeur réduit était vide. Elle s’assit sur son frère sans plus d’égard, prit son bras gauche, tripota les crans de sûreté qui glissaient à cause de l’eau fraiche et visa la porte. Elle n’eut pas le temps de tirer. Elle sentit une résistance à son mouvement. Les muscles de Baltimore reprenaient vie et se contractaient.

    L’échec du tir sauva la vie de Penelope.

    Leur cousine venait d’entrouvrir la porte de l’appartement et, apeurée, fixa le poing de Baltimore qui se pliait sur lui-même, quittant sa cible, et Venus qui s’écartait de lui avec un petit cri de joie.

    -          Venus… murmura Baltimore dont le corps douloureux entrait en diapason avec l’alarme. Ses nerfs étaient des autoroutes saturées de signaux contradictoires qui s’embouteillaient à l’entrée de ses cervicales.

    Il bascula en avant, eut plusieurs hauts le cœur et vomit entre ses jambes. Venus s’était mise debout. Elle ne perçut pas l’agitation des locataires des autres appartements qui s’étaient précipités dans le couloir, affolés, criant, ignorant ce garçon et cette fille qu’ils n’avaient pourtant jamais vus.

    Un homme en caleçon et tee-shirt hurla que c’était un attentat et courut sans plus de cérémonie vers l’escalier de secours. Un vieil homme tenait un téléphone portable et quitta aussi les lieux d’un pas tranquille mais prudent. Une famille lui emboita le pas. La mère protectrice tenant ses deux enfants par les épaules, un drap sur leurs têtes, tandis que le père bloquait la porte de liaison et faisait de grands signes dans le vide pour montrer la sortie de secours. Un couple avait attrapé des serviettes pour cacher leur nudité et firent deux allers-retours dans le couloir avant de s’enfuir, soudain préoccupés par les objets de valeur qu’ils devaient emporter, smartphone ou bijoux. Le feu de l’explosion avait été noyé par le système anti-incendie et dans la lumière rouge cauchemardesque n’en restait qu’une vilaine balafre noire étalée entre mur et plafond. Personne ne se soucia de savoir si le danger était écarté. L’alarme leur commandait de sortir, ils s’exécutaient.

    Les ascenseurs s’étaient automatiquement bloqués et seuls les escaliers avec leurs portes pare-feu offraient un semblant de sécurité. Le père de famille remarqua enfin Venus, Baltimore et Penelope. Il hésita à leur porter secours. La voix de sa femme inquiète qui l’appelait des escaliers le retint deux secondes. Il se précipita quand même vers Venus et Baltimore et leur demanda en criant s’ils pouvaient marcher. Venus eut un mouvement de recul, se reprit, et des mains lui indiqua qu’il pouvait y aller. Soulagé, l’homme ne demanda pas son reste et partit rejoindre se mettre à l’abri avec les siens. Tous les occupants de l’étage s’étaient éclipsés en quelques instants.

    Baltimore essayait de parler mais même bouger sa mâchoire et sa langue était intolérable. Avec un effort surhumain, il se mit à genoux. Sa vue était brouillée, ses sens désorientés. Ainsi prostré, l’eau qui pleuvait sur lui eut un effet d’apaisement. La douleur refluait avec lenteur. Il reprenait peu à peu ses esprits.

    Penelope se tenait dans l’encadrement de la porte de l’appartement. Elle était pâle et Venus alla à sa rencontre. Elle la prit dans ses bras, indifférente à leurs habits trempés, et lui parla à l’oreille pour couvrir l’alarme.

    -          Nous devons fuir, Penny. Tout de suite.

    Les bras de Penelope pressèrent par deux fois Venus pour dire qu’elle avait compris.

    -          Attends-moi là, je dois prendre nos affaires.

    Venus se glissa dans l’appartement qui avait changé d’aspect. Tout l’intérieur était détrempé. Elle faillit oublier le précieux carnet de son frère mais s’en souvint quand trois magazines glissèrent au sol à son passage telles des serpillères saturées d’eau.

    Heureusement, leurs affaires tenaient dans un sac à dos qu’ils trimballaient depuis le premier jour de leur fuite. Elle l’arrima à son dos d’un coup d’épaule.

    Elle retrouva Baltimore et Penelope assis dans le couloir. La seconde avait mis la main sur l’épaule du premier et l’observait avec compassion.

    Bras dessus bras dessous tels trois rescapés, ils arrivèrent dans l’escalier de secours. Au moment où Venus allait entamer la descente, Baltimore la retint. Il désigna le toit du doigt. Elle secoua la tête car elle ne comprenait pas. Baltimore esquissa un semblant de sourire. Sa main paume ouverte vers le haut fit un mouvement circulaire. « Le ciel nous appartient » signifiait-il. Venus lui fit les gros yeux. Hors de question ! Personne n’était en état de voler ! Pour clore la discussion muette, Baltimore dirigea son pas chancelant vers l’escalier ascendant. Même diminué, son obstination restait intacte et Venus savait qu’il ne changerait pas d’avis. Il reprenait la main.

    Ils débouchèrent dans un couloir éclairé de blanc qui donnait sur une trappe. Venus en examina la fermeture. Elle se retourna vers son frère et Penelope adossés contre le mur, exténués.

    -          C’est totalement fermé, déplora-t-elle. On va devoir faire demi-tour.

    Avant que Baltimore n’insiste, un choc sur la porte la fit sursauter. Elle se recula précipitamment. Les attaches de la porte semblèrent soudain fondre sous l’effet d’un chalumeau. Quelques instants plus tard la porte avait disparu. Plusieurs masses sombres se détachèrent dans l’ouverture. Venus, Baltimore et Penelope avaient commencé à reculer à petits pas, trop fatigués pour courir, angoissés par la capture imminente.

    Une femme robuste descendit les marches avec une légèreté qui tranchait avec la masse de son corps. Elle eut la coquetterie de survoler la dernière marche et se posa comme un pétale. Elle portait une combinaison similaire à celle de Baltimore quoique bien plus sophistiquée, d’un gris métallique qui semblait absorber la lumière. Son visage était encadré par un casque fin qui recouvrait entièrement son crâne, à l’exception d’une natte épaisse qui chatouillait ses épaules et dont l’extrémité était attachée par ce qui ressemblait à une pierre très ancienne. Ce bijou jurait avec la technologie de pointe de sa combinaison.

    La femme tendit une main assurée, et dit d’une voix forte en prononçant distinctement tous les mots, révélant ses origines européennes :

    -          Vous voilà enfin. Allez, venez, on n’a pas toute la nuit !

    ****

    Au dehors, sur le toit, quatre autres personnes les attendaient. Tous des hommes semblait-il. Ils se tenaient les mains sur les hanches, affichaient une tranquillité qui contrastait avec l’inquiétude de Venus, Baltimore et Penelope. Ils avaient vaguement l’air de funambules s’apprêtant à faire leur numéro. Des projecteurs éclairaient le toit et projetaient des ombres géantes sur les murs des cages d’ascenseur et d’aération. Plus loin, à l’angle du toit, des lumières clignotaient, repères usuels pour les avions et hélicoptères qui survolaient ce coin de la ville.

    La femme qui les avait attirés au dehors fit alors une parade étonnante : bras écartés, genou en avant, tour sur elle-même puis elle se maintint en salut impérial quelques instants avant de reprendre une posture « normale ».

    -          Erika du clan de l’Aigle, dit-elle avec distinction et une prononciation à la hache.

    Venus et Penelope s’étaient collées à Baltimore, abasourdies. Qu’est-ce que ce cérémonial voulait bien dire ? Qui étaient ces gens qui possédaient sans nul doute le pouvoir d’Anastème ? La femme exhiba alors un pendentif sous le nez de Balty. Il distingua nettement un aigle, ailes déployées. il inclina la tête sans dire un mot. Il semblait comprendre de quoi il en retournait, au grand dam de Venus, totalement perdue.

    -          Vous allez nous suivre mais avant Roko va vérifier que vous n’avez pas de mouchards sur vous.

    Un garçon avec un large sourire et des boucles qui sortaient de sous son casque tira ce qui semblait une règle en plastique épais d’une poche et la passa tel un contrôleur aéroportuaire sur les habits et la combinaison des trois amis.

    -          Clean, conclut le dénommé Roko en rangeant son attirail.

    -          Vaut mieux ça. Etes-vous en capacité de voler ? Demanda Erika.

    Venus se détacha de son frère, les bras le long du corps et prit la parole.

    -          Je suis la seule en état, annonça t-elle. Mon frère et notre cousine sont souffrants.

    -          Qu’à cela ne tienne, sourit Erika, nous sommes assez nombreux pour vous porter. Allons-y !

    Roko et Erika assistèrent Penelope qui se laissa faire. Baltimore manqua tomber et les trois autres le retinrent avec douceur.

    -          Mais aller où ? questionna Venus avec une voix implorante.

    -          Vous le verrez bien. Nous sommes votre seul espoir, répondit d’un ton sans réplique Erika.

    L’étrange troupe s’approcha du bord du toit. Roko dit à Venus de mettre son sac sur son ventre et en serra les bretelles. Il lui conseilla de bien le tenir avec ses bras. Il lui adressa ensuite un sourire plein d’une insolente confiance qui lui redonna espoir contre toute attente.

    Penelope fut installée sur le dos de Roko, et Erika la tint solidement par la taille, au-dessus d’elle. Ils glissèrent dans l’air sans un bruit. Baltimore n’essaya pas de se dégager des trois autres qui s’étaient pris aussi par la taille, formant un matelas humain sur lequel le frère de Venus chut. Il enroula ses bras sur celui du milieu pour assurer une prise minimale.

    Venus n’arrivaient pas à croire ce qu’elle voyait. Les incroyables attelages humains l’attendaient. Elle prit une grande respiration puis jeta un coup d’œil vers le sol, mauvais réflexe que son frère lui avait déconseillé à de nombreuses reprises. La vue du vide la tétanisa. Elle vit les gyrophares des secours remonter les avenues en leur direction. Les sirènes lui parvenaient, superposées par leurs ricochets sur les façades des immeubles. Elle imagina les résidents pris en charge dans la rue. Pompiers, police, sauveteurs… Ne devait-elle pas plutôt s’en remettre à eux ? C’était son monde il y a encore si peu de temps. Tous ne conspiraient pas contre sa famille et ne lui voulaient pas de mal pensa-t-elle.

    Elle vit alors nettement le visage d’Erika qui ne pouvait plus lui faire d’autre signe que de prononcer un s’il te plait implorant. Penelope et Baltimore étaient pris en charge devant ses yeux. Elle n’avait pas le choix.

    Elle sentit le pouvoir répondre à son appel intérieur. Elle bascula en avant, emportée par le poids soudain de son sac, et rétablit aussitôt sa ligne de vol. Si un observateur les avait espionnés à cet instant, il aurait cru à un suicide collectif par chute mortelle et aurait hurlé de peur.

    Le groupe descendit en tournoyant, comme s’ils suivaient un courant invisible, et se stabilisa à mi-hauteur de l’immeuble. Il resta en vol stationnaire le temps d’être réuni et Erika, Penelope et Roko ouvrirent le chemin au dessus des rues et du trafic de la ville. Venus suivait sans peine mais elle avait envie de pleurer. Ses récentes frayeurs se détachaient d’elle comme la poussière des ailes d’une colombe, faisant place au soulagement et à l’extase renouvelée du vol.

    Depuis que leurs parents avaient été kidnappés devant leurs yeux, qu’ils avaient eu la sensation oppressante d’avoir le monde contre eux, l’apparition de ces cinq étranges personnages constituait la toute première lueur d’espoir pour Baltimore, Venus et Penelope. Les réponses à leurs questions viendraient, et à cet instant ils voulaient croire en cet espoir inattendu et salvateur.

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Steph
Steph - 0

Bon ben on attends la suite m'sieur : https://www.outrelivres.fr/anasteme-revolution-projet-a-suivre/