Diane Rainard, adventurer-photographer

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01/11/2018 - Des tréfonds vers la lumière

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  • Cette "news" est la même que celle qui a été envoyée aux abonné·e·s de la liste de diffusion réservée à mes soutiens, le 01/11/2018.


    Aujourd'hui, je suis particulièrement heureuse et fière de vous présenter une seule et unique photo, qui résume assez bien ce que j'essaie continuellement de mettre en avant dans "Réunion Sauvage".

  • Dans l'un des messages précédents, je vous avais parlé d'une photo réalisée un peu par hasard, dans un mini tunnel de lave découvert lors d'un détour : la voici donc. Je me doutais qu'elle aurait du potentiel, mais la découvrir enfin dans le lot de fichiers que j'ai reçu dernièrement a été pour moi une merveilleuse petite surprise. En voici l'histoire plus détaillée...


    Alors que je descendais en rappel une ravine à sec pour couper à travers la forêt et, le croyais-je, gagner du temps pour rejoindre le sentier du retour vers la civilisation, je suis tombée sur un saut d'une bonne cinquantaine de mètres. Il est bien trop haut pour être franchi avec la malheureuse corde de 30 mètres dont je dispose. Je ne m'attendais pas à un vide pareil... Rebroussant donc chemin en maudissant cette perte de temps, j'espère que je pourrai m'échapper de cette ravine encaissée sans trop de problème. Gravir l'un de ses bords abrupts risque d'être difficile, voire risqué. J'ai déjà descendu plusieurs rappels qu'il me serait strictement impossible de remonter... J'ai peur d'être prise au piège, alors que la météo devient menaçante, que la pluie va tomber d'une minute à l'autre, et que la ravine va fatalement se retrouver en crue.

    C'est juste à une dizaine de mètres en amont du grand cassé infranchissable, que je repère l'ouverture de cette petite grotte. Je comprends que la ravine dans laquelle je me trouve est un long tunnel de lave au plafond effondré, et recyclé en cours d'eau.

    En voyant ce petit tunnel noir prometteur, toutes mes inquiétudes se sont envolées : je ne suis plus focalisée que sur cette découverte inespérée. La première partie est sans grand intérêt ; mais elle mène à une merveilleuse petite salle au plafond effondré, formant ce qu'on appelle un "skylight". Par cette ouverture a poussé un petit arbre. L'arbrisseau a bravement pris racine sur un tas de gratons, un empilement de blocs de lave tous plus acérés les uns que les autres, pour partir à la recherche du ciel et grandir parmi ses frères à l'étage supérieur. Profitant du moindre rayon de lumière parvenant à percer laborieusement les ténèbres de la cavité, des mousses et des hépatiques gorgées d'eau recouvrent les restes du plafond effondré. Et pour finir, j'ai beaucoup de chance : la brume que j'aime tant s'invite elle aussi au spectacle, entrant en légères nappes par le skylight, me permettant d'obtenir une ambiance encore plus surnaturelle...

    Si j'aime tant cette photo, outre sa réussite esthétique, c'est vraiment parce qu'elle représente la quintessence de tout ce que je recherche en me lançant dans "Réunion Sauvage" : l'adrénaline de la prise de risque, l'excitation de la découverte, la chance que tous les éléments se réunissent comme par magie, le privilège d'être certainement la première humaine à accéder à ce lieu, dans lequel plane comme une présence subtile...

    Je me sens tellement bien, dans ce petit recoin à l'abri de la "civilisation", que j'ai beaucoup de mal à le quitter. Mais la pluie, encore fine pour l'instant, me rappelle à l'ordre. Il va falloir que je trouve une échappatoire. Je pourrais sortir de là et me mettre en sécurité, en passant tout simplement par le skylight. Mais je me retrouverais alors du mauvais côté de la vallée. Je devrais retraverser la ravine pour rejoindre le sentier, qui est encore à une bonne demi-heure de progression au GPS à travers une végétation très dense. Je n'ai pas d'autre choix que de retourner dans la ravine, et la remonter, pour espérer trouver une autre sortie vaguement accessible sur son autre côté... Par chance, je tombe sur une pente, très raide, couverte de boue et d'humus dans lequel je m'enfonce jusqu'aux cuisses, mais praticable grâce à quelques arbres auxquels je peux m'accrocher pour me hisser. Je finis par retrouver le sentier sans plus de difficulté, alors que la pluie devient un véritable déluge. Et alors que je parviens tout en haut du rempart, deux heures plus tard, trempée et frigorifiée, j'entends tout en bas de la vallée la ravine qui gronde sous les flots...